La Guyane à travers le regard d'une Kali'na


Tradition et modernité, une approche qui nous enferme encore plus ?

Dans bien des discours, on oppose facilement tradition et modernité, comme si l’une appartenait au passé et l’autre à l’avenir.

Dans cet article, essayons de décortiquer cette dichotomie simpliste. Car derrière cette opposition se cache souvent une hiérarchie, celle qui fait croire que certaines sociétés seraient « en retard » ou « pas encore modernes » voire même « en train de disparaitre ».

Mais disparaitre de quoi ? Être en retard… par rapport à qui et par rapport à quoi ?

Mon analyse

La modernité et la tradition ont été définies par des intellectuels occidentaux. La vision coloniale s’en est nourrie pour asseoir sa domination.

Pendant des siècles, la société européennes ont présenté leur propre modernité comme un modèle universel. Reléguant les autres sociétés au rang de « cultures traditionnelles » supposant ainsi qu’elles sont dépassées, figées, « à sauver »….

La tradition

Il me parait important de le dire : La tradition n’est jamais figée. Elle est en constante transformation.

Beaucoup de pratiques dites « traditionnelles » sont, en réalité, récentes ou reconstruites dans des contextes bien précis : le akinsa chez les Kali’na, par exemple.

Une tenue, qui a changé au fil du temps et des influences extérieures.

La modernité n’est pas le stade final

Il est faux de croire qu’une société passe d’un état « traditionnelle » à un état « moderne ». Ce genre de vision ne fait qu’entretenir l’idée que certains seraient « en retard » et d’autres « en avance ».

En faire une opposition c’est également répéter un schéma où la tradition est synonyme d’arriéré et la modernité synonyme de progression.

Inventer sa propre modernité

Et si les sociétés façonnaient, en réalité, leur propre trajectoire ?

Une trajectoire qui ne suit pas celui d’un modèle unique, mais qui invente sa propre manière d’être au monde et dans le monde.

Il ne s’agirait pas de rattraper un retard, mais de vivre une modernité selon ses propres besoins et références.

Le poids des mots

Repensons nos façons de parler de nous-mêmes et de nos pratiques : « de la tradition à la modernité » ou encore « entre modernité et tradition » et j’en passe.

Faut-il réellement choisir son camp ? Et si on refusait de choisir ?

Acceptons que les deux coexistent, que l’une ne va pas sans l’autre.

Quelques lignes pour finir cet écrit :

Arrêtons de nous punir de ne pas être assez « dans la tradition » ou bien d’être « trop dans la modernité ». Nous ne vivons pas dans un musée. Nous ne courrons pas derrière un modèle plus qu’un autre.

En tant que Kali’na, je porte un héritage. Je le fais vivre dans le monde d’aujourd’hui. Il n’est ni « traditionnel », ni « moderne ». Il est ce qu’il est. Tumultueux ou non, à nous de nous tenir debout dans ce présent.



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