La Guyane à travers le regard d'une Kali'na



Les droits de la Nature en Guyane

Aujourd’hui, partout dans le monde, nous faisons face à une montée des mouvements écologistes de plus en plus motivés par une volonté de rééquilibrer les relations entre les vivants.

Les défenseurs des Droits de la Nature se multiplient.

En Guyane, dans le microcosme autochtone local, la formule circulait déjà depuis quelques années. Et le temps a fait son temps !

Oui, car en avril dernier, ces droits se sont invités jusque dans une salle d’audience du tribunal administratif de Cayenne. Saisi par un énième recours dénonçant, les conséquences de l’orpaillage illégal sur le Haut-Maroni et les populations qui en dépendent, le tribunal a été amené à examiner une demande inhabituelle : reconnaître le fleuve Maroni comme une personnalité juridique.

Longtemps cantonnée aux milieux écologistes, juridiques ou autochtones, elle s’est invitée en 2026 jusque devant le tribunal administratif de Cayenne. À l’occasion d’un recours dénonçant une nouvelle fois les conséquences de l’orpaillage illégal sur le Maroni et les populations qui en dépendent, plusieurs associations et habitants du Haut-Maroni ont demandé que le fleuve se voie reconnaître une personnalité juridique.

Mais avant de continuer, qu’est-ce que les droits de la Nature ? Des grands mots pour dire quoi ?

Crédit vidéo : Tilt !

A travers quelques lectures croisées, je vous propose ma lecture critique des ces droits.


Mon analyse

La démarche adoptée par ces mouvements écologistes, s’inscrit dans une logique naturaliste, propre à la pensée occidentale contemporaine. Ici, je fais référence aux travaux de l’anthropologue français Philippe Descola sur le rapport Nature/Culture.

Vouloir rééquilibrer les relations entre les vivants à travers des Droits, semble novateur. Alors qu’en réalité, en regardant de plus près, le schéma est d’un grand classique : L’humain, conçu comme seul vivant apte à définir ce qui mérite des droits.

Crédit vidéo : Tilt !

Une logique naturaliste bien installée

Cette logique naturaliste est pourtant déjà présente dans plusieurs constitutions et décisions nationales.

Reste le Droit international… Qu’en est-il ?

Les travaux du Jérémie Gilbert, professeur de Droits Humains, démontrent que le Droit international repose sur une séparation radicale entre l’humain et la nature. Un héritage du colonialisme qui se répercute sur ce qu’on appelle aujourd’hui la souveraineté étatique.

Bousculer la logique naturaliste

Dans la logique naturaliste, la Nature n’est qu’ une ressource parmi d’autres. De ce fait, elle n’a aucun droit propre à elle, les États peuvent alors l’exploiter librement au nom de leurs intérêts économiques.

Dans ce contexte, difficile pour une autre vision du vivant de trouver sa place. Et pourtant quelques pays ont essayé de s’inscrire dans une autre alternative.

La Pachamama en Bolivie

En 2010, en Bolivie, la Conférence mondiale des peuples marque un tournant : Les représentants des communautés indigènes, les organisations sociales et les États présents à ce rassemblement ont demandé à reconnaitre la Pachamama (la Mère-Nature) soit reconnue comme un être vivant à part entière, lié à nous par une relation interdépendante, complémentaire et spirituelle.

Retrouvez les détails de la Conférence dans cet article.

Crédit photo : Kris Krug

C’est une révolution !

Cette rencontre aboutit à la rédaction d’une Déclaration universelle des droits de la Terre-Mère, inspirée des cosmologies andines. Une initiative encouragé par un contexte où l’Equateur avait déjà inscrit les Droits de la Nature dans sa Constitution, en 2008.

La Bolivie poursuit la même dynamique avec l’adoption de la Loi des droits de la Terre-Mère en 2010, suivi de la Loi-cadre de la Terre-Mère et du développement intégral pour le bien vivir en 2012.

Sur le papier, difficile de ne pas voir une avancée.

Mais à regarder de plus près, cette reconnaissance soulève aussi une question plus sérieuse. Les cosmologies andines ne reposaient pas, à l’origine, sur l’idée que la Pachamama devait être reconnue par un tribunal ou inscrite dans un code juridique pour exister.

Les peuples andins avaient-ils attendu qu’une loi reconnaisse la Pachamama pour entretenir une relation de réciprocité avec elle ?

L’universalisme encore une fois

Crédit photo : Non renseigné

Instaurer une vision unique de la Nature, c’est retomber dans l’universalisme. Et cet universalisme, lui, efface les visions du monde des Peuples Autochtones. Car il est le produit d’une certaine tradition juridique, supposant que la Nature n’existe que lorsqu’elle devient un sujet de droits.

Nous sommes loin de reconnaître les systèmes relationnels propres à des Peuples Autochtones. De nombreuses cosmologies autochtones ne pensent pas les relations entre humains et non-humains en termes de droits, mais plutôt en termes de responsabilités, de réciprocité et d’obligation mutuelles.

Les défenseurs des droits de la nature s’appuient fréquemment sur certaines cosmologies autochtones pour légitimer leur démarche.

Reste à savoir si cette traduction juridique restitue réellement nos systèmes de pensée, ou si elle les reformule à travers les catégories du droit moderne.

Qu’en pensez-vous ?




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