La Guyane à travers le regard d'une Kali'na


« Gardien de la nature » : le dernier déguisement que l’Occident nous impose ?

Tout d’abord le « barbare » : Inhumains, à convertir et à dominer. Bien pratique pour justifier une colonisation.

Puis, il y a eu, le « bon sauvage ». Cette fois-ci, c’est le gentil, le silencieux voire même le naïf.

Aujourd’hui, c’est le « gardien de la Nature », une belle image écolo-compatible. Une jolie étiquette devenue à la mode.

Mais cette expression, repris par tous, n’est qu’une autre façon de nous enfermer dans une image toute faite. Une manière de nier nos réalités et nos complexités.

Arrêtons-nous un instant sur cette expression, qui n’est qu’une simple représentation romantique et extérieur à nous.

Dans une époque qui cherche à se décoloniser, sachons reprendre le pouvoir sur les mots qu’on nous impose.

Mon analyse

Je vous propose une analyse, qui va s’appuyer sur plusieurs auteurs qui ont interrogé le rapport Nature / Culture et la manière dont les peuples autochtones vivent leur lien au vivant.

Des visions diamétralement opposées

Dans la pensée occidentale, il existe une séparation nette :

  • D’un côté, il y aurait la « Nature », brute, à exploiter, à classer, à protéger.
  • De l’autre, la « Culture » réservée aux humains, à la société, à la pensée.

C’est ce que l’anthropologue Philippe Descola appelle le « naturalisme ». C’est-à-dire une vision où la Nature est extérieure à l’humain.

Lorsqu’on nous appelle les « gardiens de la Nature », on parle depuis cette vision. On imagine qu’on protège une chose totalement séparée de nous.

Descola montre que cette opposition est culturelle et pas universelle.

Chez de nombreux peuples autochtones amazoniens, il existe l’animisme : Le vivant, ce n’est pas « autres chose » que nous. Les plantes, les animaux, les forêts, les fleuves… Tout est relation. Tout peut dialoguer sans hiérarchie.

A aucun moment, on ne protège pas un « extérieur ». On vit avec, on interagit, on cohabite, on négocie, on respecte.

Pour résumer, la Nature est composée de plusieurs entités vivantes, souvent dotées d’esprit, avec des règles de respect mutuel.

On ne protège pas, on vit

« Les Amérindiens du bassin amazonien ne sont pas, au sens où on l’entend aujourd’hui, des protecteurs de la nature, et ce pour la simple raison que ce concept ne les effleure même pas. Plus encore, à écouter leurs conversations quotidiennes, on les sent chasseurs et pêcheurs passionnés »

Pierre et Françoise Grenand dans “Il ne faut pas trop en faire

L’idée que « ça ne les effleure même pas » montre l’écart entre le récit produit et les réalités vécues.

On nous vend souvent une image des Peuples Autochtones comme des « écologistes naturels ». Au risque de décevoir certains, sachez que nous sommes simplement des êtres ancrés dans la vie réelle.

On sait gérer, réguler et prélever ce qu’il y a autour de nous, mais on ne « protège » pas selon une écologie qui n’est pas la nôtre.

Une écologie Amérindienne

J. Donald Hughes propose dans son ouvrage « Écologie amérindienne », une lecture concise du rapport au vivant chez les Peuples Autochtones d’Amérique du Nord.

Il montre que les sociétés autochtones ont développé, bien avant les sociétés industrielles, des manière durables, éthiques et intégrées de cohabiter avec leur environnement.

Loin des clichés du « bon sauvage », l’auteur insiste sur une relation alignée dans la spiritualité, la pratique quotidienne, les récits, les rituels et la mémoire orale.

Nous ne sont pas là pour incarner un idéal figé. Nous ne sommes pas là pour nourrir des fantasmes spirituels sur la forêt.

Nous transformons le monde, comme tout le monde. Mais nous le faisons en toute conscience. Nous nous efforçons de maintenir un perpétuel équilibre vivant.

    « L’espèce humaine et sa culture sont des agents de transformation de la nature ; les peuples autochtones ne font pas exception. »
    J. Donald Hugues



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